L'Epiphanie


La cathédrale d’Autun possède des sculptures romanes célèbres. Nous connaissons l’identité de leur auteur : un certain Gilbert. Parmi les œuvres exposées dans la salle capitulaire, deux concernent l’épisode des mages raconté par Saint Matthieu. 

D’abord « le sommeil des mages » : trois hommes, couronne en tête – pour que l’on n’oublie pas leur identité – allongés sous la même couverture. Ils ne dorment plus. La main d’un ange les éveille. L’autre main leur désigne l’étoile. Le sculpteur a fixé dans la pierre leur épopée : ici une étape sur une longue route et l’obsession de la découverte : cette étoile qui les fascine au point de hanter leurs nuits. Rois ou pèlerins, les deux sans doute, nos mages évoquent l’humanité en marche vers un destin dont elle ignore le but. L’étoile est un ailleurs lumineux propre à créer l’aventure. Les chrétiens savent que ces mystérieux personnages sont les païens appelés au salut avec les juifs. La tradition les a nommés. Davantage encore, représentés en ambassadeurs des races de la terre. La bonne nouvelle s’adresse à tous. Encore faut-il délaisser ses habitudes ou sa passivité pour marcher à sa rencontre.

Avec le second chapiteau, nos mages sont à destination
Les voici prosternés, cadeaux en mains, devant l’Enfant qu’une vierge sereine leur présente. Dans un coin de la sculpture, perplexe et la tête dans les mains, Joseph… On se demande s’il est absent. L’évangile de Matthieu nous propose une autre lecture : Joseph sait qu’après la visite des mages il va devoir partir avec la mère et l’Enfant. Le vieil Hérode a pris sa décision : aucun enfant de Bethléem ne doit survivre. La scène paisible du chapiteau peut nous induire en erreur. Les mages ne resteront pas. Ils retournent chez eux « par un autre chemin ». Cet autre chemin, nous y voyons une précaution tout humaine. Mais il a aussi une dimension intérieure. Après avoir vu l’Enfant, les mages ne sont plus tout à fait les mêmes. La course à l’étoile leur a révélé que Dieu est un enfant. Nous voici aux antipodes d’une royauté dont la puissance et la richesse écrasent. Un jour, sur la croix, Jésus sera couronné d’épines.

Avec l’Epiphanie se dissipe la magie de Noël. Nous n’avons pas rêvé. Peut-être avons-nous peu ou prou satisfait aux sirènes de la consommation. Au moment d’aborder l’an neuf, demandons-nous, comme les mages sur le retour, si ce que nous avons vécu nous donne du courage pour aborder le quotidien. Après tout, la vue d’un enfant est signe de nouveauté. Elle ouvre le champ des possibles. La foi est au rendez-vous des possibles.
 
                                                                                    Père Georges AUDUC